Julio, régularisé mais cassé

Publié le par Hervé



Juste en passant vous dire que :
Julio n’est toujours pas revenu au lycée,
Julio a perdu 7 kilos,
Julio a peur de sortir de chez lui, même pour aller chercher un papier  au foyer qui s’occupe de lui.

Julio, selon ses profs qui l’ont au téléphone, a beaucoup de difficultés à reparler français comme il le parlait avant toute cette histoire.
Julio dit qu’il ne comprend toujours pas ce qui s’est passé ce fameux mercredi où il a perdu son âge.
Julio ne semble toujours pas bénéficier d’un suivi médical.
Julio ne reçoit que le soutien de ses camarades de classe et semble toujours aussi délaissé (en termes de visites) par les gens chargé-e-s de s’occuper de lui.
Julio a la trouille au ventre et jusqu’à quand ?

Certes il est régularisé mais qu’en ont-ils fait ?
Avec une certaine naïveté, que je perds parfois parce que j’ai trop la tête dedans, j’ai envie de leur redemander : ça valait vraiment le coup (et le coût) de lui faire subir tout ça ?
Je sais bien qu’ils (policiers, procureur, juges, préfet, hiérarchie préfectorale, agents du service des étrangers…) ne se préoccuperont jamais des conséquences sur Julio de tout ce qu’ils ont fait. Bien entendu en tant que fonctionnaires.

Mais, sous le costume du fonctionnaire, comment le vivez-vous bordel ce que vous avez fait ? Quand vous savez que vous avez foutu sa vie en l’air (provisoirement ou pour toujours), qu’est-ce qui vous permet de tenir ? Le sens du devoir ? La hiérarchie (c’est pas moi, m’sieur, c’est l’autre au-dessus) ? Les ordres ? La conviction qu’il fallait le faire ? La haine ?

Je sais aussi que cela ne vous fait rien mais, aujourd’hui au lycée, il y avait un café citoyen avec une centaine d’élèves. Il y en a une qui a longuement dit qu’elle avait appris avec cette histoire à ne plus avoir confiance dans la Justice, qu’elle s’en voulait de ne pas avoir vu plus tôt tout ce qui se passait, qu’il fallait à nouveau entrer en Résistance. Elle a dit ça calmement, sans haine mais avec une détermination impressionnante. Comme si quelque chose s’était cassé au-delà de tout ce que vous avez cassé dans la vie de Julio.

Je ne suis pas du style culcul mais son discours m’a impressionné. Et surtout le silence de toute la salle quand elle a parlé.
Comme si plus rien ne sera comme avant dans le rapport au monde de ces élèves. Grâce à ou à cause de (j’en sais rien) vous.
Dormez bien, agents des «stocks» de dossiers à traiter, agents des «reconduites à la frontière» à mener, agents des «contrôles d’identité sur ordre du Procureur» à amplifier, agents des «mises en rétention de tous les âges», agents de Sarkozy tout simplement.
Si votre boulot est de perturber à jamais (en tout cas pour cette année scolaire) le fonctionnement d’un lycée et la vie d'un élève qui riait souvent, sachez que vous avez sans doute dépassé vos objectifs.
Une prime, chef ?

• Un des profs de Julio •

Publié dans Politique

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